Yomoni lancement dune offre depargne salariale
En bref : Yomoni, la fintech française de gestion pilotée créée en 2015 et adossée au groupe Crédit Mutuel Arkéa, étend son offre aux dispositifs d'épargne salariale (PEE et PERCOL), un marché historiquement dominé par cinq grands teneurs de compte. L'enjeu pour l'épargnant n'est pas la marque du gestionnaire mais deux leviers : des frais de gestion compressés par les ETF et un abondement employeur qui peut atteindre 16 % du plafond annuel de la Sécurité sociale sur un PERCOL. Un dispositif d'épargne salariale bien utilisé reste l'un des rares véhicules où le capital initial est partiellement financé par un tiers.
L'essentiel- L'épargne salariale repose sur deux enveloppes : le PEE (blocage 5 ans) et le PERCOL (blocage jusqu'à la retraite, sauf achat de la résidence principale).
- L'abondement de l'employeur est plafonné à 8 % du PASS sur un PEE et 16 % du PASS sur un PERCOL, soit environ 3 770 € et 7 540 € sur la base du PASS 2025 (47 100 €).
- Les frais annuels de gestion sont le principal point de comparaison : 0,5 point d'écart sur 25 ans représente plus de 10 % du capital final.
- Le traitement successoral diffère fortement selon que le PERCOL est un contrat assurantiel ou un compte-titres.
- Pourquoi une fintech s'attaque à l'épargne salariale
- PEE et PERCOL : deux horizons patrimoniaux distincts
- L'abondement, le vrai moteur de rendement
- Trois patrimoines, trois usages du dispositif
- Transmission : ce que deviennent les sommes au décès
- Les questions à poser avant de signer
- Questions fréquentes
L'épargne salariale représente plus de 190 milliards d'euros d'encours en France et concerne environ un salarié du privé sur deux. C'est pourtant le compartiment du patrimoine que les épargnants connaissent le moins : beaucoup découvrent leur PEE au moment de changer d'employeur. L'arrivée d'acteurs comme Yomoni sur ce terrain, avec une promesse de gestion pilotée indicielle et de frais lisibles, mérite donc d'être examinée non pas comme une nouveauté commerciale, mais comme une occasion de reprendre la main sur une poche d'épargne souvent laissée en pilotage automatique pendant vingt ans.
Pourquoi une fintech s'attaque à l'épargne salariale
L'épargne salariale est un marché de teneurs de compte : une poignée de filiales de grands groupes bancaires et assurantiels administrent l'immense majorité des plans d'entreprise. Cette concentration explique des interfaces datées et des grilles de fonds parfois peu compétitives.
Yomoni s'est construit depuis 2015 sur un modèle différent : des mandats de gestion pilotée investis en ETF, avec une tarification affichée autour de 1,6 % par an tout compris sur ses offres grand public. Transposer cette logique à un PEE ou un PERCOL revient à attaquer le marché par le coût et l'expérience utilisateur.
Le contexte réglementaire y aide. Depuis la loi du 29 novembre 2023 sur le partage de la valeur, les entreprises de 11 à 49 salariés dégageant un bénéfice net suffisant doivent mettre en place un dispositif de partage de la valeur. Des dizaines de milliers de PME sont donc entrées dans le jeu, et elles cherchent des solutions simples à déployer.
PEE et PERCOL : deux horizons patrimoniaux distincts
Le plan d'épargne entreprise (PEE) est une enveloppe collective dans laquelle le salarié place son intéressement, sa participation et ses versements volontaires, avec un blocage de cinq ans par ligne de versement. Le PERCOL (plan d'épargne retraite d'entreprise collectif), issu de la loi PACTE de 2019, suit la même logique mais bloque les sommes jusqu'à la retraite.
| Critère | PEE | PERCOL |
|---|---|---|
| Durée de blocage | 5 ans par versement | Jusqu'à la retraite |
| Abondement maximal | 8 % du PASS | 16 % du PASS |
| Déblocage résidence principale | Oui (acquisition) | Oui (acquisition) |
| Fiscalité à la sortie | Gains exonérés d'IR, prélèvements sociaux 17,2 % | Variable selon l'origine des versements |
| Déduction fiscale à l'entrée | Non | Possible sur versements volontaires |
Le PEE compte neuf cas de déblocage anticipé, dont l'acquisition de la résidence principale, le mariage ou le PACS, la naissance d'un troisième enfant et la cessation du contrat de travail. Cette souplesse en fait un complément utile à l'apport personnel, sujet d'autant plus sensible que les conditions de financement évoluent : notre analyse de l'évolution des taux de prêt immobilier en 2026 détaille l'effet d'un apport renforcé sur le coût total du crédit.
L'abondement, le vrai moteur de rendement
L'abondement est le versement complémentaire de l'employeur, calculé en pourcentage de ce que verse le salarié. C'est le seul mécanisme d'épargne de droit commun où un tiers alimente votre capital, et il surpasse mécaniquement tout débat sur l'allocation d'actifs.
Prenons un plan abondant à 100 % dans la limite de 1 500 € par an. Vous versez 1 500 €, votre employeur ajoute 1 500 € : votre capital atteint immédiatement 3 000 €, soit un rendement facial de 100 % la première année, avant toute performance des marchés. Aucun support financier ne reproduit cela.
Projetons ensuite sur la durée. Ces 3 000 € versés chaque année pendant 20 ans, capitalisés à 4 % nets annuels, donnent environ 92 900 € pour un effort d'épargne personnel de 30 000 €. À 3 % nets, le capital tombe à 82 800 € : l'écart de 10 000 € illustre pourquoi la grille de frais du plan compte autant que son principe.
Attention aux plafonds. L'abondement ne peut dépasser le triple de la contribution du salarié, ni 8 % du PASS sur un PEE (environ 3 770 € sur la base du PASS 2025 de 47 100 €) et 16 % du PASS sur un PERCOL (environ 7 540 €). Les versements volontaires du salarié sont par ailleurs limités à 25 % de sa rémunération annuelle brute.
Trois patrimoines, trois usages du dispositif
Couple trentenaire, projet d'achat. Marie et Thomas, 32 et 34 ans, visent une acquisition dans trois à quatre ans. Le PEE est ici prioritaire sur le PERCOL : l'acquisition de la résidence principale est un cas de déblocage anticipé, et les cinq ans de blocage sont compatibles avec leur horizon. Leur question de fond reste le point d'entrée sur le marché, un sujet que nous traitons dans notre dossier sur les opportunités d'achat en période de correction immobilière.
Cadre de 45 ans, tranche marginale à 41 %. Ici le raisonnement s'inverse. L'intéressement et la participation placés sur le plan échappent à l'impôt sur le revenu, alors que perçus immédiatement ils sont imposables. Pour un intéressement de 4 000 €, l'économie d'impôt atteint 1 640 € à 41 %, auxquels s'ajoute l'abondement éventuel.
Ce profil a souvent intérêt à articuler le PERCOL avec ses enveloppes personnelles plutôt qu'à les opposer. Les règles du plan d'épargne en actions, dont nous avons suivi les évolutions successives du PEA et du PEA-PME, permettent une liquidité que le PERCOL n'offre pas.
Retraité, logique de transmission. À la liquidation des droits, le PERCOL peut être récupéré en capital, en rente, ou conservé. Maintenir l'enveloppe investie peut avoir du sens si les capitaux ne sont pas nécessaires au train de vie, mais le choix dépend entièrement de la nature juridique du plan.
Transmission : ce que deviennent les sommes au décès
C'est le point le plus souvent négligé, et il est déterminant. Un PERCOL assurantiel relève de la fiscalité de l'assurance-vie : en cas de décès avant 70 ans, l'article 990 I du CGI prévoit un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis une taxation à 20 % jusqu'à 700 000 €.
Un PERCOL en compte-titres, à l'inverse, intègre l'actif successoral et subit les droits de succession de droit commun, après l'abattement de 100 000 € par enfant. Pour un capital de 200 000 € transmis à un enfant unique, l'écart de traitement peut dépasser plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Côté PEE, les héritiers disposent d'un cas de déblocage spécifique. Les plus-values restent exonérées d'impôt sur le revenu si la demande de déblocage est formulée dans les six mois suivant le décès.
Avant de choisir ou de transférer un plan, demandez au teneur de compte si le PERCOL est de nature assurantielle ou bancaire. Cette seule information conditionne tout le volet transmission.
Les questions à poser avant de signer
- Quel est le total des frais annuels : frais de tenue de compte, frais de gestion du mandat et frais courants des supports cumulés ?
- Qui paie les frais de tenue de compte : l'employeur pendant la vie du contrat, le salarié après son départ ?
- Le plan propose-t-il un fonds monétaire ou obligataire pour sécuriser à l'approche d'un projet ?
- La gestion pilotée par horizon est-elle réellement désensibilisée dans les cinq dernières années ?
- Quels sont les frais de transfert sortants vers un autre teneur de compte ?
Un mot sur les supports. Les plans d'épargne salariale investissent via des FCPE, fonds communs de placement d'entreprise, qui peuvent inclure de l'actionnariat salarié. Concentrer son épargne sur les titres de son propre employeur fait cumuler risque professionnel et risque patrimonial — un principe de diversification qui vaut aussi pour les actifs volatils, comme le montre notre suivi des facteurs qui influencent le cours du bitcoin.
Questions fréquentes
Puis-je choisir mon teneur de compte d'épargne salariale ?
Non. Le teneur de compte est choisi par l'employeur dans le cadre de l'accord de participation ou du règlement du plan, généralement après consultation des représentants du personnel. Le salarié choisit en revanche librement la répartition de son épargne entre les supports proposés.
Que devient mon PEE si je quitte l'entreprise ?
Les sommes restent investies et conservent leur régime fiscal, mais les frais de tenue de compte passent généralement à votre charge, souvent entre 20 et 40 € par an. La cessation du contrat de travail constitue aussi un cas de déblocage anticipé du PEE. Vous pouvez également transférer les sommes vers le plan de votre nouvel employeur.
L'abondement est-il imposable ?
L'abondement est exonéré d'impôt sur le revenu pour le salarié, dans la limite des plafonds légaux de 8 % du PASS pour un PEE et 16 % du PASS pour un PERCOL. Il supporte en revanche la CSG-CRDS au taux de 9,7 %, prélevée à la source par l'employeur.
Faut-il privilégier le PEE ou le PERCOL ?
Le PEE convient aux projets à cinq ans et plus, avec une sortie exonérée d'impôt sur le revenu. Le PERCOL convient à la préparation de la retraite, avec un abondement potentiellement deux fois supérieur et une déductibilité possible des versements volontaires. Beaucoup de plans permettent d'alimenter les deux, et l'arbitrage dépend de l'horizon, du taux marginal d'imposition et de la situation familiale.
Peut-on transférer un ancien PERCOL vers un PER individuel ?
Oui, le transfert d'un PERCOL vers un PER individuel est possible, sans frais après cinq ans de détention selon les textes en vigueur. Il convient toutefois de comparer les frais et la nature juridique des deux enveloppes avant d'arbitrer, en particulier pour les conséquences successorales.
Cet article a une finalité d'information générale et ne constitue pas un conseil en investissement. Les plafonds cités sont indexés sur le plafond annuel de la Sécurité sociale, revalorisé chaque 1er janvier. Chaque situation patrimoniale étant singulière, l'arbitrage entre enveloppes mérite une analyse personnalisée.